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L’armistice est signée

« N’avouez jamais que l’Armistice ne pouvait être évité » De Gaulle au général Odic.


L’armistice est une victoire éclatante. Le haut commandement allemand n’en voulait pas et se concentrait sur la prise immédiate de Gibraltar, clé de la Méditerranée. Seul Pétain, soldat auréolé de gloire, pouvait l’obtenir. Stratège éminent, il a compris tout le parti qu’il pouvait tirer de l’ego d’Hitler : « Le wagon de Rethondes nous sauvera ! ». En effet, comme l’a souligné Elmar Krautkramer, historien allemand, « Le combat mené en France et la façon dont elle s’est relevée de sa défaite n’a pas commencé avec l’appel du 18 juin, mais tout a débuté – et peut être avec plus d’efficacité-avec l’armistice de Rethondes ».

Par vanité le Führer accepte de suspendre les combats, d’évacuer une partie du territoire conquis, de renoncer à l’Empire, de laisser la Flotte française indépendante, si elle est désarmée, de maintenir une administration et un gouvernement français, contre la jouissance de voir le vainqueur de Verdun venir à Rethondes comme à Canossa et effacer l’humiliation de la reddition allemande en 1918.

A l’opposé de l’avis du général De Gaulle, Weygand juge, le 6 juin, qu’un repli en Afrique est irréaliste. Il n’y a sur place que 7 divisions constituées en majorité de troupes indigènes, pour l’essentiel, sans matériel moderne ni DCA et Noguès n’est pas en mesure d’accueillir plus de 20 000 combattants. Paul Reynaud, en accord avec Churchill, appelle à l’aide Roosevelt par télégramme, le 14 juin 1940 au matin, lui marquant sa volonté de se battre à outrance, fidèle à la déclaration de Foch : « Nous nous enfermerons, pour combattre, dans une de nos provinces, et, si nous en sommes chassés, nous nous établirons en Afrique du Nord ». Mais aussitôt d’ajouter : « La France ne peut continuer la lutte que si l’intervention américaine vient renverser la situation ». C’est demander l’impossible. L’armée américaine est alors embryonnaire et la population massivement isolationniste.

Défaite en rase campagne, à terre, la France, grâce au Maréchal, à son prestige et son génie militaire, dispose désormais d’un Joker dont elle saura jouer au moment opportun pour se relever et apporter une contribution inappréciable à la victoire, aux dires des alliés eux-mêmes et d’Hitler.

Churchill le reconnaîtra, le 8 juin 1944, à Marrakech : « Après la bataille du Nord, l’Angleterre n’avait plus d’armes. Nous n’avions pas vu la question des chars et celle de l’aviation sur un plan suffisant. L’Armistice nous a, en somme, rendu service. Hitler a commis une faute en l’accordant. Il aurait dû aller en Afrique du Nord s’en emparer pour poursuivre sur l’Égypte ». Il avouera même plus tard « Je n’ai jamais dit que le gouvernement de Vichy, en signant l’armistice, avait commis un acte de trahison. Mais j’ai trouvé à Londres quelqu’un qui le prétendait. C’est un général français, je m’en suis servi ! ». Quant à Kenneth de Courcy, secrétaire général du parti Conservateur, non susceptible de complaisance envers le Maréchal, il assènera cette vérité historique : « L’attitude de Pétain en 1940, loin d’avoir constitué une trahison de la cause alliée, a sauvé toute l’Afrique du Nord de l’occupation allemande, rendant ainsi possible la victoire alliée de 1945 à un prix bien inférieur à celui qu’elle eût coûté sans cela ». Saint-Simon, contempteur de Louis XIV, reconnaît que le Roi Soleil ne fut jamais aussi grand qu’au temps de la défaite. Pétain de même, qui accepta de « brûler sa gloire », prenant sur lui les souillures de l’Occupation, afin de permettre à la France de survivre au déluge nazi.

Quant aux allemands, ils ont rapidement compris leur erreur d’avoir signé cet armistice. Renthe-Fink le confessera au Maréchal qu’il surveillait, en mars 1944, avant son départ pour Sigmaringen : « Pour moi, je regrette que l’Armistice ait été signé. Le Führer a été beaucoup trop généreux. Il croyait pouvoir faire une paix définitive avec la France. Si nous avions dès ce moment occupé toute la France et l’Afrique du Nord, les Anglo-saxons n’y seraient jamais venus ».

Si De Gaulle dit un jour à Rémy « souvenez-vous qu’il faut que la France ait toujours deux cordes à son arc. En juin 1940, il lui fallait la corde Pétain et la corde de Gaulle », nous laisserons la conclusion de cette fiche à Philippe Pétain qui déclara à son procès, le 23 juillet 1945 « Oui, l’Armistice a sauvé la France et contribué à la victoire des Alliés, en assurant une Méditerranée libre et l’intégrité de l’Empire… Pendant que le général De Gaulle, hors de nos frontières, poursuivait la lutte, j’ai préparé les voies de la Libération, en conservant une France douloureuse mais vivante. A quoi, en effet, eût-il servi de libérer des ruines et des cimetières ?… C’est l’ennemi seul qui, par sa présence sur notre sol envahi, a porté atteinte à nos libertés et s’opposait à notre volonté de relèvement ».


  1. Kenneth Pendar, Le dilemme France États-Unis, Paris, Self, 1948 ; Eric Roussel, Charles de Gaulle, Gallimard, 2002.
  2. Weygand, Mémoires, II, p. 172. Le Maréchal Alphonse Juin pensait de même (Cf. Jean-Christophe Norin, Maréchal Juin, p. 90).

  3. Jacques Laurent et Gabriel Jantet, Année 40, p. 12. Ce chiffre sera atteint mais pour l’ensemble de l’Afrique du Nord.

  4. Cité par Jean-Marc Varaut, Le procès Pétain, p. 521.

  5. Rémy, Dix ans avec de Gaulle, p. 349.

  6. Procès du Maréchal Pétain, audience du lundi 23 juillet 1945, t. I, p. 39.